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Asie > Chine
XINJIANG : « UN PROBLEME GRAVE D’UNE EXTRAORDINAIRE COMPLEXITE » Ce propos d’un officiel Chinois à Pékin est révélateur d’une problématique dont la donne ne se résume pas au débat simpliste d’une majorité musulmane en quête d’indépendance sur le schéma du Tibet ! La région des 10 frontières Avec 1.626.000 km², la région autonome du Xinjiang occupe le 6ème du territoire chinois. Contrairement au Tibet, région autonome isolée par ses remparts himalayens, le Xinjiang se caractérise par son ouverture et sa perméabilité géographique, ainsi que ses flux migratoires liés aux anciennes routes de la soie. Voisin du Tibet, du Qinghai, du Gansu, le Xinjiang est également frontalier avec la Mongolie à l’Est, la Russie au Nord, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, l’Afghanistan, le Pakistan, et le Kashmir Indien à l’Ouest. Pour être précis, il faudrait également parler des territoires « disputés » avec les états voisins comme l’Aksai Chin, administré par le Xinjiang et revendiqué par l’Inde. Donc un environnement complexe mais aujourd’hui figé dans des frontières qu’aucun état riverain n’a véritablement envie de renégocier ni par la plume ni par le feu. Un caractère multi-ethnique Le débat ne se résume pas à une majorité musulmane s’opposant à une minorité han, c’est d’ailleurs une des vraies complexités du dossier. Cette région autonome est l’une des moins peuplées de Chine avec seulement 20 millions d’habitants dont 9 millions de han majoritaires dans les centres urbains du Nord, et minoritaires à Kashi (Kasghar) à l’Ouest. L’ethnie Ouïghour compte également 9 millions d’âmes. Les Hui, musulmans d’origine chinoise, sont environ 1 million au Xinjiang ainsi que les Kazakhs, 1,4 millions sans parler des Kirghizes, des Mongols, des Dongxiangs, des Tadjiks, des Xibes… et d’une liste impressionnante d’ethnies très minoritaires. On le voit bien, des racines et des cultures très diverses et souvent opposées, des intérêts hétérogènes, même si la sensibilité musulmane domine dans cette région du monde où les « chapelles » sont vivaces. Le problème se complique par l’Histoire et les traités avec notamment une communauté Ouïghour très vivace au Kirghizistan voisin, jeune république souveraine qui n’entend pas pour autant remettre en cause ses frontières avec la Chine ! Cette région aujourd’hui autonome trouve ses racines depuis le 2ème millénaire avant J.C., le Xinjiang étant le fruit de luttes séculaires entre dynasties chinoises et ethnies colonisatrices turco-mongoles. La marmite du Xinjiang a toujours été « chaude » et les épiphénomènes conduisent très rapidement à son ébullition. Les motivations du peuplement Han Ces motivations sont historiques et relèvent tout simplement de la défense des marches de l’Empire, la littérature chinoise donnant une large place au « chaudron » du Xinjiang et aux efforts impériaux pour fixer son ethnie dominante. Au cours de l’Histoire, le rapport urbain majoritairement Ouïghour a été bouleversé au profit du peuplement Han. Au-delà des « encouragements » qu’il ne faut pas nier, la réalité du terrain est très voisine de celle de Lhassa au Tibet, les bailleurs Ouïghours comme leurs homologues Tibétains, ayant eu historiquement une préférence ethnique pour confier leurs intérêts commerciaux à des Hans réputés travailleurs. Le pétrole et le gaz sont bien sûr des motivations supplémentaires qui ont conduit le peuplement Han à se renforcer dans les zones d’exploitation. Une partie de cette région a été également dédiée aux essais nucléaires chinois avec les infrastructures correspondantes. Enfin, les cols et l’accès aux marchés voisins du Pakistan ont fait de ces axes commerciaux des zones naturelles de peuplement Han. Pour être schématique et caricaturer la situation, là où il y a du « business » il y a un Han, et si ce n’est pas un Han, c’est un Hui, d’où l’exaspération latente Ouïghour. Des disparités de richesse évidentes L’écart économique inter-ethnique très faible voici 10 ans, s’est creusé et se creusera davantage chaque année avec la relance de l’économie chinoise et de son nouveau bon en avant 2009 et surtout 2010 (+11% de PIB attendus). Les Han, de par leur capacité et leur volonté à s’investir dans le travail et les affaires profitent principalement de cette croissance et l’écart de richesse local qui était de quelques centaines de Yuan par habitant voici 5 ans, devient très significatif. Cette disparité sociale et le malaise qui en découle sont les clés des conflits inter-ethniques que tout oppose désormais. Une région sous influence de l’étranger La pression de l’armée pakistanaise à l’Est de ses frontières, donc aux portes des cols de l’Ouest de Kasghar, la présence américaine accrue en Afghanistan, mais aussi au Kirghizistan, qui affiche maintenant son partenariat pro américain avec la bénédiction russe, et notamment l’autorisation de survol accordée aux troupes américaines engagées en Afghanistan, n’est pas sans influencer la situation du Xinjiang. Comme corollaire de cette pression à l’Ouest, le pouvoir central a bien compris qu’il fallait éteindre rapidement la mèche de ces provinces de l’Ouest, l’alerte ayant été vive pendant les Jeux Olympiques, et la réalité des bombes Ouïghours désamorcées dans les barrages filtrants aux portes de la capitale ont laissé des traces très vives. L’heure est donc désormais à l’ouverture côté symboles, avec par exemple la construction de la plus grande mosquée de Chine à Kasghar et parallèlement, le démantèlement des infrastructures « ferments » de toutes les radicalisations comme les madrasas qui ont d’ailleurs les mêmes sources de financement Wahhabite. Côté bourka, après de valses hésitations, celles-ci sont désormais interdites, anticipant les souhaits du gouvernement français ! La porte étroite La communauté musulmane pratiquante compte désormais 50 millions de fidèles en Chine, à comparer aux 300 millions de bouddhistes pratiquants. La question musulmane déborde donc largement du Xinjiang et l’ethnie Hui, beaucoup plus intégrée, est présente à Ürümqi, mais aussi à Kunming au Yunnan, à Chendu, avec parfois des capitaux conséquents et des réussites de commerces de proximité évidentes. Comment ne pas heurter cette minorité intégrée en favorisant sa pratique du culte tout en radicalisant les positions sur un territoire dont l’émancipation n’est même pas à l’ordre du jour ? Longtemps occulté, le problème Ouïghour est infiniment plus crucial que le problème tibétain, avec une ethnie, moins soluble, naturellement plus radicale et historiquement violente. Une chose est claire, charbonnier est maître chez lui et ni le Pakistan, ni la Russie, ni l’Afghanistan, ni le Kirghizistan et encore moins les Etats- Unis ne discuteront à la Chine la mise au pas des violences Ouïghour tant leur crainte est grande de voir ces territoires devenir une base arrière des Talibans et des extrémistes de tous poils. Le véritable enjeu sera de ne pas aller trop loin et d’éviter les contagions avec les régions voisines, d’autant que l’heure est prioritairement à la relance de l’économie en Chine. Ne rien faire, c’est également encourager la communauté Han du Xinjiang à descendre dans la rue et créer ses propres milices, ce qui reviendrait à ajouter de l’agitation à l’agitation. Le gant de velours dans une main de fer n’est pas l’exercice le plus facile pour les autorités chinoises et c’est pourtant l’enjeu de la situation actuelle. JFC/